À Carro, la journée commence par un port qui sent encore le poisson frais et se termine par un coucher de soleil sur la Méditerranée. Ce petit village de pêcheurs, rattaché à Martigues, concentre sur quelques centaines de mètres un marché matinal, une plage familiale, un musée gratuit et un spot de glisse reconnu bien au-delà de la Côte Bleue. Entre balade sur le port, baignade et sentier du littoral, voici de quoi composer une sortie complète sans quitter ce bout de côte préservé.
Le port de Carro, cœur battant du village
Le port de Carro structure toute la vie du village. Quelques barques colorées s’alignent le long du quai, entre le Cercle des pêcheurs et la cale où les bateaux rentrent au petit matin. Fondé en 1976, le Cercle reste un lieu de rencontre où les habitants se retrouvent l’après-midi autour d’une partie de belote, dans une ambiance ni touristique ni fermée. À quelques pas, la vedette bicolore de la SNSM rappelle qu’ici la mer reste une affaire sérieuse : la station de sauvetage veille depuis 1868. Une simple croix de pierre, dressée en 1863 à la mémoire des marins disparus, complète ce tableau sobre et sincère d’un port qui n’a jamais cessé de vivre de la pêche.
Le marché aux poissons, rendez-vous du petit matin
Chaque matin, à l’exception des jours de grand vent, les étals se dressent sur le quai. Ce sont les épouses des pêcheurs partis en mer la nuit précédente qui tiennent le marché et vendent la pêche du jour : bars, dorades, sars et parfois du thon selon la saison. La quantité varie sans cesse, ce qui pousse les habitués à arriver tôt. À cela s’ajoute, en semaine, un marché plus classique installé sur la place du village avec ses producteurs locaux. Deux marchés, deux rythmes mais une même fraîcheur revendiquée par tout Carro.
Le petit musée de Carro et son exposition entre mer et collines
Installé à l’étage du Cercle des pêcheurs, le petit musée de Carro se visite gratuitement. L’exposition Entre mer et collines réunit photographies anciennes, filets, outils de pêche et vestiges liés au travail de la pierre, activité qui a façonné tout autant que la mer l’histoire du village. Les blocs extraits des carrières voisines de Baou Tailla ont ainsi voyagé jusqu’à Marseille pour construire l’abbaye Saint-Victor ou la Vieille Charité. Une heure suffit pour comprendre comment ce village minuscule a nourri, par la pêche et par la pierre, une bonne partie du patrimoine marseillais.
Une plage familiale entre sable et galets
La plage de Carro joue la carte de la simplicité : sable fin par endroits, galets ailleurs, une rampe d’accès facilite la baignade aux personnes à mobilité réduite. Sa taille modeste en fait un spot familial, loin de l’agitation des grandes plages de la Côte d’Azur. Les chiens n’y sont pas acceptés et la surveillance est assurée l’été. Juste derrière, une aire de camping-car ouverte toute l’année accueille les visiteurs qui prolongent l’étape, face à la mer et aux planches à voile qui filent au large.
Windsurf et sentier du littoral : Carro version grand air
Le spot des Arnettes, aussi appelé la rague de Carro, forme un plan d’eau exposé à tous les vents. Les rafales de sud-ouest et d’est soulèvent des vagues de plusieurs mètres, un terrain qui attire les véliplanchistes confirmés bien au-delà de la région. Les débutants profitent plutôt du stand-up paddle ou de la plongée, plus cléments avec les vents installés. À pied, le sentier du littoral part du port et longe la côte jusqu’à la plage Sainte-Croix, ponctué de panneaux sur la faune et la géologie locales. Les marcheurs qui cherchent une boucle plus longue rejoignent le circuit des carrières de pierre, entre Carro et La Couronne, où huit anciens sites d’extraction racontent un pan oublié du village. Pour qui veut allonger encore la balade, d’autres villages qui font le charme des environs de Martigues méritent aussi le détour.
S’y rendre depuis Martigues et prolonger la balade
Carro se prête à une sortie à la journée ou à un ancrage plus long, en particulier pour qui veut aussi profiter de tout ce que Martigues a à offrir au-delà de ses villages côtiers. Quelques repères pour organiser la visite :
- La ligne Côte Bleue relie Carro à Marseille via la gare de La Couronne, une alternative à la voiture les jours de forte affluence.
- La voie verte, sécurisée sur un peu plus d’un kilomètre, relie Carro à Laurons à pied ou à vélo.
- Le sentier du littoral se poursuit vers Sausset-les-Pins pour les amateurs de longues marches côtières.
- La chapelle de Sainte-Croix, à quelques minutes de route, complète la visite avec vue sur la plage du même nom.
- La réserve marine du Cap Couronne, où la pêche reste interdite, protège un herbier de posidonie parmi les plus étendus du littoral.
D’où vient le nom de Carro ?
Le nom du village remonte au celte Kar, qui signifie pierre, un clin d’œil à l’histoire des carriers qui ont façonné La Couronne voisine. Cette empreinte minérale se retrouve aussi dans l’assiette : Carro et Martigues comptent parmi les deux derniers foyers français à produire la poutargue, des œufs de mulet séchés surnommés le caviar martégal.
Un village né de la pierre, connu pour son poisson : voilà tout Carro en une phrase.
Ce mélange de traditions, la pierre, la mer et le poisson, donne au lieu une identité que ni le tourisme ni le temps n’ont vraiment effacée.







